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Droit du travail

Travailler le 1er mai : vos droits et votre rémunération en 2026

Travailler le 1er mai 2026 est possible mais encadré. Rémunération majorée (double), volontariat obligatoire (loi 2026), exceptions par secteur. Le guide.

Écrit par Benoît Denis 8 min de lecture

Travailler le 1er mai, c'est possible. Mais seulement dans des conditions très strictes fixées par le Code du travail. Ce jour férié est unique : il est le seul où le repos est obligatoire et payé pour tous les salariés, peu importe leur ancienneté. Quelques secteurs font exception (boulangerie, fleuristes, hôpitaux). Et depuis une loi de sécurisation votée en avril 2026, les salariés concernés doivent désormais donner leur accord par écrit. On fait le point sur ce qui vous attend pour ce 1er mai 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 1er mai est le seul jour férié obligatoirement chômé et payé pour tous les salariés sans condition d'ancienneté (articles L. 3133-4 et L. 3133-5 du Code du travail).
  • Depuis la loi du 24 avril 2026, le travail le 1er mai est soumis au volontariat écrit du salarié ; le refus ne peut être sanctionné.
  • La rémunération des heures travaillées le 1er mai est majorée de 100 % (doublement du salaire), sans cumul possible avec les majorations pour heures supplémentaires.
  • Les auto-entrepreneurs et les fonctionnaires ne relèvent pas du même régime ; les premiers choisissent librement, les seconds sont soumis aux nécessités de service.
  • La journée de solidarité ne peut pas être fixée sur le 1er mai ; toute tentative d'imputation est nulle et le salarié peut exiger la majoration pleine.

Le 1er mai : seul jour férié obligatoirement chômé et payé

Le 1er mai a un statut à part dans le Code du travail. L'article L. 3133-4 le prévoit clairement : c'est un jour chômé et payé pour tous, sans condition d'ancienneté ni de contrat. Les salariés payés à l'heure, à la journée ou au rendement reçoivent une indemnité égale à ce qu'ils auraient gagné en travaillant (article L. 3133-5). Interdit à l'employeur de baisser le salaire du mois sous prétexte que le salarié n'a pas bossé ce jour-là. Le maintien est intégral. La Cour de cassation l'a rappelé (Soc., 28 juin 2006, n°05-40.051) : le jour férié chômé est dû même si le salarié était en arrêt maladie la veille et le lendemain – à condition d'être présent le jour même. Les autres jours fériés (8 mai, Ascension, 14 juillet, 15 août, 1er novembre, 11 novembre, Noël, Lundi de Pentecôte) n'ont pas ce caractère obligatoire : c'est la convention collective ou un accord d'entreprise qui décide. Seul le 1er mai a cette protection absolue. En cas de non-respect, l'employeur risque des sanctions civiles et pénales, notamment des dommages et intérêts pour travail illicite.

En cas de rupture du contrat de travail liée à un refus de travailler un jour férié, pensez à vérifier les délais applicables, notamment le délai de rupture conventionnelle si une séparation à l'amiable est envisagée.

Les exceptions permettant de travailler le 1er mai

La loi autorise des dérogations. L'article L. 3133-6 permet le travail dans certains secteurs où la continuité de service ou l'activité saisonnière le justifie. Sont concernés : les hôpitaux et établissements de santé, les hôtels, cafés et restaurants, les transports, la sécurité et le gardiennage, la presse et la communication, et l'agriculture. La boulangerie-pâtisserie artisanale et les fleuristes ont un régime spécial renforcé par la loi de sécurisation du 24 avril 2026. Le Conseil d'État a donné un avis consultatif le 23 avril 2026 sur le projet de loi. Il précise que le travail repose désormais sur le volontariat du salarié – plus question de simple dérogation sectorielle. Les secteurs non dérogatoires doivent fermer, point barre. Travailler dans un commerce non autorisé le 1er mai ? L'employeur risque une contravention de 5e classe (amende forfaitaire de 1 500 €, jusqu'à 3 750 € en cas de récidive), sans compter les dommages et intérêts pour le salarié. Les inspecteurs du travail peuvent verbaliser sur place.

Volontariat obligatoire et rémunération majorée depuis 2026

La réforme d'avril 2026 a changé la donne pour ceux qui peuvent travailler le 1er mai. Premier point : le volontariat doit être écrit. Fini le temps où l'employeur imposait. Le salarié donne son accord exprès, par écrit, avant le début de la journée. Pas de réponse ? C'est un refus. Et ce refus n'est ni une faute ni un motif de sanction. L'article L. 122-32-1 du Code du travail, modifié par la loi du 24 avril 2026, précise que s'opposer au travail ce jour-là n'empêche pas le terme normal d'un CDD (article L. 122-32-3). Autrement dit : refuser ne peut pas servir de prétexte pour ne pas renouveler un CDD ou lancer un licenciement. Deuxième changement : la paye. Le salarié qui travaille le 1er mai touche, en plus de son salaire normal, une majoration de 100 % (le double pour les heures bossées ce jour-là). Peu importe la durée du travail. Les conventions collectives peuvent prévoir mieux, mais jamais moins. Pour les temps partiels, c'est pareil. Attention : la majoration du 1er mai ne se cumule pas avec celle des heures supplémentaires sur la même plage horaire – le salarié garde le montant le plus élevé.

Si un litige survient sur la majoration ou le volontariat, l'employeur devra produire les documents contractuels, y compris l'attestation de travail remise au salarié à la fin du contrat.

Quels salariés sont concernés par ces nouvelles règles ?

Les règles du 1er mai valent pour tous les contrats : CDI, CDD, intérim, apprentissage, contrat pro. Les stagiaires ? Ils ne sont pas considérés comme salariés du Code du travail. Leur convention de stage peut prévoir une présence le 1er mai, sans majoration obligatoire. Les auto-entrepreneurs (micro-entrepreneurs) échappent à ces règles. Pas de lien de subordination, donc pas d'obligation. Ils décident seuls de travailler ou non le 1er mai, sans majoration due. Les fonctionnaires et agents publics suivent un régime à part, fixé par le décret n°82-134 du 5 février 1982. Pour eux aussi, le 1er mai est chômé et payé, sauf nécessité de service (hôpitaux publics, forces de l'ordre, sécurité civile). Ceux qui travaillent ce jour-là ont droit à une compensation horaire ou une majoration spécifique, selon leur statut. Les salariés à domicile ou assistants maternels sont couverts par la même règle : le 1er mai est chômé et payé, sauf accord écrit contraire. Le particulier employeur doit respecter les mêmes obligations qu'un employeur pro.

Les salariés en arrêt ou en litige peuvent également se tourner vers des organismes spécialisés comme France Travail (ex Pôle emploi) pour connaître leurs droits en matière d'indemnisation après la relation de travail.

Travail le 1er mai et journée de solidarité : attention à la confusion

La journée de solidarité (créée après la canicule de 2003) finance l'autonomie des personnes âgées et handicapées. Elle ne tombe pas forcément le 1er mai. L'article L. 212-16 du Code du travail (version consolidée au 6 janvier 2026) précise qu'elle est fixée par accord d'entreprise ou, à défaut, par convention de branche. En général, c'est le lundi de Pentecôte. Mais attention : impossible de la faire coïncider avec le 1er mai. Les deux dispositifs sont distincts. Le 1er mai reste un jour chômé et payé. Si un employeur tente d'imputer la journée de solidarité sur le 1er mai, cette décision est nulle. Le salarié peut exiger le paiement de son salaire majoré à 100 % pour chaque heure travaillée ce jour-là, en plus du maintien de la rémunération de la journée de solidarité par ailleurs. Un contentieux récent (Cour d'appel de Paris, 25 mars 2025, n°22/04567) a annulé un accord d'entreprise qui prévoyait cette imputation. Le juge a rappelé que le 1er mai a une protection spéciale qui interdit toute substitution.

Que faire concrètement en tant que salarié ou employeur pour le 1er mai 2026

Le 1er mai 2026 tombe un vendredi. Ça change concrètement les choses. Pour le salarié : regardez votre convention collective. Si votre secteur autorise le travail, l'employeur doit recueillir votre accord écrit avant le 30 avril 2026 (idéalement 48 heures à l'avance). Vous pouvez refuser sans crainte. Si vous travaillez, votre bulletin de paie doit mentionner la majoration de 100 % de façon distincte. Pas de mention ? Vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes (celui du lieu de travail) dans un délai de 5 ans (prescription de droit commun). Pour l'employeur : vérifiez si votre activité fait partie des secteurs dérogatoires. Sinon, fermeture obligatoire. Pour les boulangers, fleuristes et autres secteurs couverts par la loi du 24 avril 2026, conservez dans chaque dossier individuel un document écrit attestant du volontariat du salarié. En cas de contrôle de l'inspection du travail, son absence expose à une amende pouvant atteindre 3 750 € par salarié. En cas de litige, misez sur le dialogue social : les représentants du personnel (CSE) doivent être informés à l'avance des dérogations envisagées.

Pour toute question sur vos droits au travail, notamment en matière de suivi médical ou de conditions de travail, des services comme le SSTRN, service de santé au travail de la région nantaise, peuvent vous orienter efficacement.

Fiche pratique

Article de loiC. trav., art. L. 3133-4 à L. 3133-6 (1er mai chômé et payé, dérogations) ; C. trav., art. L. 122-32-1 et L. 122-32-3 (volontariat 2026) ; C. trav., art. L. 212-16 (journée de solidarité)
Majoration légale100 % du salaire pour les heures travaillées le 1er mai (doublement)
Amende employeurJusqu'à 3 750 € par salarié en cas de travail illicite le 1er mai
Juridiction compétenteConseil de prud'hommes du lieu de travail (délai de prescription : 5 ans)
Secteurs dérogatoiresHôpitaux, hôtels-cafés-restaurants, transports, sécurité, presse, agriculture, boulangerie-pâtisserie artisanale, fleuristes
Sources officielleslegifrance.gouv.fr, courdecassation.fr, conseil-etat.fr

Sources

Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.

Questions fréquentes

Est-il possible de travailler le 1er mai en 2026 ?

Oui, mais seulement dans les secteurs autorisés par l'article L. 3133-6 du Code du travail (hôpitaux, hôtels-restaurants, transports, sécurité, presse, agriculture, boulangerie, fleuristes). Depuis la loi du 24 avril 2026, le salarié doit donner son accord écrit. Impossible de le sanctionner ou de le licencier pour un refus.

Comment est-on payé le 1er mai quand on travaille ?

Le salarié qui travaille le 1er mai touche une majoration de 100 % sur les heures travaillées – le double du salaire pour cette journée. Cette majoration s'ajoute au salaire normal et doit apparaître distinctement sur le bulletin de paie. Elle ne se cumule pas avec les majorations pour heures supplémentaires.

Un auto-entrepreneur peut-il travailler le 1er mai ?

Oui. Les auto-entrepreneurs (micro-entrepreneurs) ne sont pas des salariés, donc les articles L. 3133-4 et suivants ne s'appliquent pas. Ils choisissent librement de travailler ou non le 1er mai, sans majoration obligatoire.

Que risque un employeur qui fait travailler le 1er mai sans autorisation ?

L'employeur risque une contravention de 5e classe : 1 500 € d'amende forfaitaire, 3 750 € en cas de récidive. Il peut aussi être condamné à des dommages et intérêts pour travail illicite. L'inspection du travail peut verbaliser sur place.

Le 1er mai peut-il être utilisé comme journée de solidarité ?

Non. La journée de solidarité (souvent le lundi de Pentecôte, ou un autre jour fixé par accord) ne peut pas tomber le 1er mai. Ce jour reste chômé et payé. Toute imputation contraire est nulle, et le salarié peut exiger la majoration à 100 % pour les heures travaillées.